Le court circuit est l’artiste et son résultat : l’œuvre.
C’est le concept du « court-circuit nécessaire » à toute installation électrique, électronique ou cybernétique visant directement le cerveau humain, qu’il est important de bien isoler, pour éviter la surchauffe et les incendies de proportions gigantesques. Ces court-circuits auto-proclamés ont des effets souvent désastreux, qui sont l’unique représentation qu’il nous reste du disfonctionnement originel de la world company.
Que nous soyons face à un cas de court-circuit du genre invisible, le plus courant, où du genre spectaculaire, le plus fréquent chez les artistes, leur matérialisation sera toujours la résultante d’une transformation de matières générée par lui même, et les aléatoires contextuels de l‘environnement dans lequel il se produit. L’objet ainsi auto-réalisé, pièce unique, devient une œuvre d’art. C’est le court-circuit initial qui est, en lui-même, l’auteur, l’artiste.
Dans « Plus de temps, cerveaux disponibles » (1) il est capable de faire se transformer, une télévision et un distributeur automatique flambant neuf, en une œuvre d’art réconfortante pour des milliers de cerveaux télé-déportés, mais encore vivants.
Court-circuit, en temps qu’artiste branché sur l’international, est nécessairement polymorphe et polyglotte : il n’arrive jamais tout seul et ses supports sont multiples. Numériquement, les dimensions et la fréquence des œuvres uniques qui s’auto-produisent, varient en fonction du réchauffement de la planète. Aujourd’hui, alors que, idéologiquement, les idéaux ne sont plus logiques, il n’est pas étonnant que Kurt Sire Cuit, en pêtant les plombs, ait généré une œuvre fusible. Position d’ailleurs relativement fréquente pour une œuvre d’art.
(1) Plusieurs orthographes valides :
« Plus de temps-cerveau disponible » ou « Plus de temps, cerveaux disponibles »
La Coordination des Sans-cravates - que j'appellerai CSC dans le texte -, est une non-structure, une non-organisation se réclamant du Polymorphisme. (Voir : Déclaration Polymorphiste du 27 janvier 1981)
Elle a été créée en 1989, pour le bicentenaire de la révolution française. Au même moment, suprême injure aux peuples, le roi Mitterrand faisait la fête à Versailles avec les dominants du monde qu'il avait invité. Au même moment aussi, sur d'autres places, à quelques milliers de kms à peine, des milliers d'insurgés étaient massacrés.
La CSC réclamait ce 14 juillet 1989 « Une insurrection sinon rien » et projetait le vidéozine « L'insurrection des marteaux » pour mobiliser les Sans-cravates.
LA CSC a essayé de déclancher en ce bicentenaire une grève internationale pleine d'espoir: « La grève des Jambes ». Ce concept, très en avance sur son temps, n'a pas fonctionné parfaitement. Il a été repris en 2003, au cri de « Faut pas mollir » pour essayer d'empêcher la ruée vers le pétrole. (Voir film-reportage « La grève des jambes » de Olivier Azam. 14mn)
Aujourd'hui, en temps que porte-parole occasionnel de la CSC, je suis venu vous parler de sa dernière intervention planétaire : « Plus de temps-cerveau disponible » (Voir sur http://www.zalea.org/fond.php?titre=vod&cadre=1700 ).
L'oeuvre réalisée le 2 oct.2004 par l'artiste Court-circuit sortant de l'anonymat et improvisant dans une création collective, suscite un branle-bas de combat intellectuel post-debordien et surréaliste dont le CSC n'a que foutre. Les artivistes qui s'y retrouvent sont et resteront irrécupérables. Que feu l'oeuvre originale et collective de la CSC puisse un jour autofinancer la subversion n'est contradictoire que pour les cons.
Les grands Veilleurs sont morts, tués par les usurpateurs-people et corrompus de la nouvelle philosophie. Il ne reste d'eux que quelques images mortes et du silence, dont les autres s'auréolent avec une crapuleuse et cynique satisfaction. Nous sommes tous des orphelins de la grandeur de ces Veilleurs qui signalaient le feu à l'horizon. Aujourd'hui : « jamais nuit ne fût plus noire pour l'intelligence » Voir est un acte complexe.
La cartographie de l'oppression est pourtant élémentaire, puisque l'on en est à vendre notre cerveau pour vérrouiller le monopole tyranique de la marchandise autoritaire. Ils nous veulent morts. Ils ne veulent plus d'histoire que la leur. Mais, malheureusement pour eux, notre histoire n'est pas finie, il faudrait, pour cela, que nous ayions donné notre accord. La servitude domine certes, mais qu'il y ait des esclaves « heureux » ne justifie pas l'esclavage : un seul homme libre suffit à prouver que la liberté n'est pas morte. Nous sommes nés. Nous voulons vivre.
Les forces d'anéantissement sont radicalement engagées dans une voie où on ne s'attendait pas à les trouver si cyniquement violentes. Le spectacle rend le monde illisible. En nous mentant ce monde avec leurs images ils opèrent à une permanente restriction mentale de l'humanité. C'est l'avènement d'un double néant, celui du consommateur intouchable et du citoyen devenu abstraction statistique. La CSC propose de leur opposer un néant actif et une idée offensive de la liberté. Agissons comme si nous étions les enfants de personne. D'ailleurs nous le sommes.
Si vous voulez continuer à faire de la littérature, de l'éducation et de l'art avec les différentes combinaisons possibles du désastre, de votre confort et de vos peurs, allez-y. Mais ne nous donnez pas l'excuse de votre impuissance. Nous ne vous excuserons de rien. Nous, nous ne quittons pas le bateau parce qu'il coule, nous le quittons pour le couler. Nous savons depuis longtemps que l'on ne fait pas le ménage dans une poubelle. On ne se chamaille pas avec des ectoplasmes, on les éloigne pour dégager la cible. Nous ne craignons plus les salauds et les simples d'esprits qui fondent leur hégémonie sociale sur les rapports marchands. Nous ne voulons pas de cette modernité marchande qu'ils essaient de nous faire passer pour une éternité d'évidence. Le progrès dont ils nous parlent n'est jamais qu'une excroissance de l'insignifiant. C'est leur néant que nous voulons ravager.
La Coordination des Sans-cravates
Paris 9 nov.2004